La cloche du dîner les fit s'envoler comme deux hirondelles, et elles allèrent en gazouillant se laver les mains et se faire recoiffer.

A table Juliette mangea si peu, que Mme Milane s'alarma. Mlle
Cayer la rassura.

"Madame, c'est bien sa faute; Juliette a mangé une demi- douzaine de gâteaux chez le pâtissier après sa leçon. Je lui ai bien dit que ça lui enlèverait l'appétit pour dîner; mais elle n'a pas voulu m'écouter.

Oh! fit la grand'mère, elle a au moins mangé ce qui lui plaisait, n'est-ce pas, mignonne? Elle se rattrapera demain sur les choses solides.

Et tu n'as pas pensé à rapporter à Folla quelques friandises? demanda M. Milane à Juliette, qui rougit.

Si, bon papa, j'y avais pensé, répondit-elle, et j'emporterais des biscuits pour elle, seulement… j'avais faim encore en chemin, et je les ai croqués dans la voiture pour m'occuper.

Voyez-vous la petite gourmande! dit Mme Milane en embrassant
la fillette, toujours placée à sa droite.

N'est-ce pas un peu le fait d'une égoïste? fit observer Mlle
Cayer.

Ma foi! oui, dit M. Milane.

Bah! reprit la grand'mère, tous les enfants sont ainsi. D'ailleurs, Folla n'en mourra pas pour se passer de biscuits, elle a tout ce qu'il faut ici; si elle ne s'était pas fait priver de sa course en ville, cela ne serait pas arrivé.