Bien sûr que je n'en mourrai pas, dit gaiement Folla; Lili a bien fait de manger ces gâteaux, si ça lui faisait plaisir."

Le repas s'acheva sans autre incident. Mme Milane s'occupait exclusivement de sa petite-fille, la servant avant tout le monde et lui choisissant les meilleurs morceaux.

Après le dessert, les fillettes coururent au jardin, où les jours, très longs à ce moment, leur permettaient de jouer le soir; elles débattirent la question de l'emplacement de leur construction; comme toujours, Juliette imposa sa volonté, et Folla céda.

A huit heures et demie, on les appela au salon. Juliette, qui aimait la lecture, prit un livre amusant, un livre très beau, présent de son bon papa, fournisseur habituel de sa bibliothèque enfantine.

Folla préférait la musique; elle ouvrit le piano et joua en sourdine, pour ne point fatiguer ses grands-parents, tout son petit répertoire.

A neuf heures il fallait se coucher sans récriminer. Folla y alla après avoir embrassé tout le monde à la ronde. Juliette, elle, ne prit son bougeoir qu'après avoir galopé un grand moment sur le genou de M. Milane, et après avoir reçu les interminables caresses de sa grand'mère.

Les deux jeunes filles se mirent à genoux pour faire leur prière. Juliette la récitait machinalement, mais correctement.

Folla était distraite par une mouche qui bourdonnait en cherchant à se poser le long des murs; mais elle pensa tout à coup à de pauvres enfants affamés et à demi nus qu'elle avait vus dans la journée, et qui lui avaient fait grand'pitié; elle se rappela combien elle s'était trouvée heureuse en comparant son sort au leur, et elle remercia le bon Dieu de ses bienfaits.

Elle fut bientôt endormie, de sorte qu'elle ne vit pas Mme Milane apporter à sa petite compagne un verre de sirop, puis ramener le couvre-pieds sur son petit corps, et embrasser encore maintes fois la jolie blondine, quoique celle-ci murmurât avec fatigue: "Assez, bonne maman, assez! je veux dormir."

Juliette ne se levait pas avant huit heures, à moins qu'elle ne s'éveillât plus tôt; ce qui arrivait quelquefois en été, jamais en hiver.