Folla, au contraire, était toujours sur pied avant sept heures; alors elle passait son petit peignoir et ses pantoufles, et, s'échappant sans bruit de la chambre, elle allait jouer de la guitare sous les arbres silencieux du parc.
Musicienne dans l'âme, elle avait la voix et l'oreille d'une justesse admirable et cherchait, soit sur le clavier, soit sur les cordes, tous les airs qu'elle avait entendus.
Malgré son très jeune âge, M. Walter la considérait comme l'élève qui lui donnait le plus de satisfaction, et à la fin de la leçon de piano il y avait toujours un quart d'heure pour la guitare. Ce qui explique pourquoi la plus grande punition qu'on pût infliger à la petite fille paresseuse était de lui enlever son heure de musique.
Folla n'était paresseuse que pour ses études de français et de langues, jamais pour être matinale, sauf peut-être quand il gelait fort, l'hiver; jamais non plus quand il s'agissait de rendre un service, de courir chercher les lunettes de bonne maman, l'éventail de mademoiselle, tandis que Juliette faisait la sourde oreille quand on disait: "Qui est-ce qui va me faire une commission?"
Or le matin du dimanche où nous retrouvons les deux petites filles, elles étaient habillées pour aller à la messe. Leur costume était le même quant à la couleur et à la forme des vêtements, mais la robe de Folla était un simple lainage garni de dentelles communes; celle de Juliette était en foulard et garnie de fines guipures.
Pour expliquer cette différence, on disait que Folla était une lutine qui portait constamment le désordre sur elle et autour d'elle, et par conséquent ne pouvait avoir de riches vêtements.
En cela on avait raison; mais Juliette, quoique moins vive, n'avait guère plus de soin.
Or, ce dimanche, comme la chaleur était supportable, on permit aux deux petites filles d'aller à la messe à pied, tandis que les grands-parents s'y rendaient en voiture. Elles s'amusaient à gambader, leurs petites jambes nues dans leurs chaussettes roses, ou cueillaient les fleurs étiolées des haies, tandis que Mlle Cayer trottait délibérément dans la poussière en causant avec la femme du maire, qu'on avait rencontrée.
Au milieu de leurs ébats, les fillettes se trouvèrent face à face avec un vieux pauvre qui leur demanda l'aumône en balbutiant des paroles bizarres.
"Sauvons-nous, il est fou, murmura Juliette à l'oreille de sa sur de lait.