Or, de l'autre côté de la haie, s'élevait une petite ferme appartenant à un pauvre ménage dont les enfants, "pour être moins nombreux à la niche," étaient serviteurs ou bergers dans de plus grandes métairies des environs.

Ce jour-là, la mère Serriau et "son homme" étaient en violent émoi: un oiseau de proie, buse ou corbeau, on ne savait, avait jeté le désarroi dans la basse-cour; les volailles, effarées, fuyaient de tous côtés avec des piaillements de désespoir. Cela durait depuis une heure environ. Sur les vingt-deux poulets qui composaient la basse- cour, on n'avait pu en réunir qu'une dizaine. Les autres piaulaient dans la campagne, éperdus, épouvantés.

Combien en restaient-ils de vivants? car le père Serriau avait recueilli dans un buisson le cadavre ensanglanté d'une poussin à demi rongé.

Le couple infortuné geignait à fendre l'âme; comment rattraper les fuyards à présent? Voilà que la nuit allait tomber, et ceux qui se cachaient sous les buissons se garderaient bien de se montrer.

En écoutant le récit de ce désastre, Folla n'hésita pas à venir en aide aux pauvres gens, tandis que Juliette demeurait immobile, regardant les allées et venues des Serriau.

Le père Serriau gardait, en les appelant doucement, une grosse poule et ses petits. Follette se mit à l'ouvrage; petite et légère, elle se glissait dans les trous des haies, enjambait les fossés, grimpait au faîte des buissons d'épines sans souci de ses mollets et de ses mains, qui s'y déchiraient cruellement.

"Tenez, madame Serriau, en voilà un, deux! Prenez garde à ce petit noir qui se sauve de votre côté, attrapez-le au passage; et celui-ci, quatre! Ne les laissez pas échapper. Portez-les vers la mère. Il n'en reste plus que sept à retrouver, puisque le vingt-deuxième est mort. Encore un, voyez; il est blessé à l'aile, il ne peut pas courir. Ma foi! je ne sais guère où se cachent les autres."

La mignonne parvint cependant à les rattraper tous et aida la mère Serriau, peu experte en calcul, à compter les bêtes réunies: il y avait bien le compte.

La cloche du dîner ayant sonné depuis quelques minutes, les petites filles, en se tenant par la main, coururent à la maison.

Elles entrèrent rouges et essoufflées à la salle à manger, où l'on commençait à s'inquiéter de ne pas les voir.