"Ah! tu pars? fit languissamment Juliette en rouvrant les yeux au bruit de la porte. Comme je vais m'ennuyer, moi, toute seule, à présent que je n'ai plus mal!"

Aussi Mme Milane décida-t-elle que Folla resterait à la maison pour amuser la malade.

"Mais, Madame, dit alors Mlle Cayer outrée, il me semble que si Juliette est souffrante, c'est bien par sa faute; ni vous ni moi n'avons pu l'empêcher de goûter aussi copieusement hier. La petite Folla, qui a été plus raisonnable, ne doit pas être privée d'un plaisir si longtemps désiré.

Mon Dieu! chère mademoiselle, je ne dis pas; mais Juliette s'ennuiera horriblement sans sa cousine, et, vous comprenez, si elle reprend la fièvre, Folla l'amusera, la distraira, lui fera la lecture.

Cependant, Madame…

Je vous ferai observer, Mademoiselle, que si je garde Folla à la maison, je ne la condamnerai pas à travailler; elle aura congé et jouera avec Juliette: donc elle n'est pas à plaindre."

Il n'y avait plus à discuter. L'excellente Mlle Cayer embrassa tendrement Folla et partit sans adresser un regard à Juliette.

Juliette, terriblement égoïste, n'intercéda pas en faveur de la pauvre Folla, privée à cause d'elle de la partie de plaisir, ni ne s'excusa auprès de la pauvre petite de lui avoir causé cette déception.

Mais Folla était si bonne, qu'elle ne songea pas une minute à lui reprocher son égoïsme. Elle enleva tristement ses vêtements de sortie, et se mit en devoir de rassembler les livres et les jouets que réclamait sa cousine.

De fait, Juliette allait beaucoup mieux, mais elle était capricieuse et gâtée, et garda Folla auprès d'elle presque toute la journée, ce pauvre petit feu follet dont les jambes avaient tant besoin de danser et de courir!