Que non; y a ben des petites choses que je verrais sur l'assiette avec plaisir, mais je ne pouvons les acheter, c'est cher. M'en faut pourtant pas gros, mais ça ne me fait encore rien. Y a ben un autre souci qui me tourmente.
Quoi donc? votre mal?
Que non. Ca m'emmènera un de ces matins; mais je vois mon pauvre homme qu'est plus vieux que moi, et qu'a tout l'ouvrage à faire, et qui se donne un tintouin! Faut qu'i porte le manger aux bêtes, qu'i fasse sa soupe, qu'i soigne la vache, les poules, le jardin et le cochon, qu'i balaye; et qu'encore je me faisons un mauvais sang, parce que ça n'est plus propre comme quand j'étions sur pied.
Mais c'est encore très propre ici, mère Limousin, et votre mari s'en tire très bien.
Vous croyez? I fait bien ce qu'i peut, le pauvre. Ah! c'est que ma maison elle était renommée dans le temps comme la plus nette du pays. Mais maintenant que je sommes malade…
Vous guérirez, mère Limousin.
Que non, ma petite demoiselle; je sommes asthme; et j'ons attrapé un froid par-dessus. Sans mon homme que je laissons, je serions ben contente de m'en aller. J'ons peiné toute ma vie; j'ons supporté la gêne. On n'avait pas la misère, quoi! mais on n'a jamais été riche; on a travaillé dur, et on ne doit rien à personne. Le bon Dieu peut m'appeler quand il voudra, je sommes prête."
Folla s'en alla toute pénétrée de cette grande pensée de la mort qui en épouvante tant d'autres, et que le paysan, l'homme du travail et des privations, souvent voit approcher avec un calme si résigné.
Et cette vieille qui souffrait tant, qui avait à peine le nécessaire, tandis que Juliette, l'enfant gâtée, pour avoir eu un peu mal au cur, était comblée de soins et de remèdes, et voyait satisfaire toutes ses fantaisies!
Son grand-père, la regardant s'asseoir près de lui toute songeuse, lui dit soudain en caressant ses cheveux flottants: