Follette se boucha consciencieusement les yeux et les oreilles, et après avoir compté cent elle fureta un peu partout, et finit par découvrir Juliette au haut d'une armoire où bonne maman elle-même l'avait cachée.
Puis ce fut au tour de Folla.
"Je vais, se dit-elle, à la bibliothèque; on ne l'ouvre jamais que pour recevoir les gens et les fermiers qui veulent parler à bon papa. Lili n'aura pas l'idée d'y venir."
Seulement il advint que Juliette, après avoir fouillé toutes les chambres sans succès, perdit patience: "Bah! quand elle s'ennuiera elle sortira de son trou," se dit-elle.
Et elle se mit à lire au coin du feu, tandis que Martine, la seule des domestiques qui fût restée à la maison, prévenait Mme Milane qu'un homme demandait à lui parler.
Notre Follette, qui n'aimait guère l'immobilité, s'assoupit tranquillement derrière le fauteuil qui la dérobait aux regards, quoique sa position ne fût pas des plus commodes.
Dans son assoupissement elle eut un rêve bien pénible, si pénible, qu'elle ne put se secouer pour le chasser, bien qu'elle ne fût endormie qu'à moitié.
Il lui semblait qu'elle avait les bras et les jambes liés, que sa langue était paralysée, et qu'elle ne pouvait sortir de son engourdissement.
Il lui parut que bonne maman entrait à la bibliothèque, précédant un homme de mine équivoque, semblable à celui qu'elle avait rencontré à la grève de Palavas, sauf le chapeau crasseux, qui ne recouvrait plus son front et qu'il tenait à la main.
"Que désirez-vous, mon ami? dit Mme Milane avec complaisance, et croyant avoir affaire à un malheureux venant implorer des secours. Vous vouliez sans doute vous adresser à mon mari, mais il est absent et ne rentrera que pour dîner.