Et les deux mignonnes s'endormirent sans plus rêver luxe ou misère.

VI

CE QU'ENTENDIT FOLLA EN DORMANT

C'était un après-midi d'automne, à cette heure où, les jours diminuant de plus en plus, le soleil décline dans le ciel déjà plus pâle.

Le château était plongé dans une douce et silencieuse paix. L'air était un peu froid, mais pur et bon à respirer; le feuillage rougi, à diverses nuances, s'agitait au moindre souffle et tombait feuille à feuille avec un bruit sec.

M. Milane était allé en ville; Mlle Cayer à vêpres, car c'était dimanche. Bonne maman gardait les petites filles tout en combinant un remède contre les crampes d'estomac. Nous avons déjà vu que bonne maman était une femme pratique. Les deux petites filles arrosaient d'arnica leur perroquet, qui s'était blessé aux barreaux de sa cage. De temps en temps un rire frais et argentin coupait l'air silencieux. Il faisait chaud dans la salle à manger, où l'on entretenait un bon feu de bois.

Juliette bâilla.

"Ecoute, dit-elle à sa sur de lait, Coco est bien assez pansé comme cela. Si nous jouions à autre chose? Si Fraülen était là, elle nous raconterait une histoire; mais les vêpres ne sont pas finies, et puis elle causera avec grand'mère en revenant. Veux-tu jouer à cache-cache?

Je veux bien, répondit Folla, toujours complaisante.

Tu commenceras à chercher. Et, tu sais, on cherche jusqu'à ce qu'on trouve. Il n'y a pas de camp."