"Que vous importe qui je suis, moi? Quant à cette dame qui est là-bas, elle s'appelle, en effet, Mme Milane. Si vous avez quelque chose à lui demander, allez la trouver.

Pas sotte, celle-ci, ma foi! s'écria l'inconnu en riant. Non, ma mignonne, je n'ai rien à lui dire aujourd'hui. Plus tard je ne dis pas, il se peut qu'elle soit obligée de me donner gros."

Et il entraîna son compagnon, avec lequel il se mit à causer et à gesticuler vivement.

Folla resta songeuse, regardant disparaître à l'horizon la silhouette traînante des deux hommes. Juliette la rejoignit, et elles recommencèrent leurs jeux.

En septembre on retourna à la Seille. C'étaient encore les vacances; les vendanges et bien des plaisirs arrivèrent, pauvres joies éphémères qui ne devaient plus revenir.

En causant avec sa cousine, comme elles le faisaient souvent avant de s'endormir le soir, Juliette posa cette question à Folla:

"Dis donc, si tu devenais pauvre un jour, tu serais bien malheureuse, n'est-ce pas?

Ca dépend, répondit la fillette avec son adorable spontanéité, ça dépend; si j'étais avec quelqu'un qui m'aimât et que j'aimasse, je ne serais pas à plaindre.

Ah! bien moi, reprit Juliette en roulant sa tête blonde sur l'oreiller brodé, je ne pourrais jamais me passer de toutes les belles choses auxquelles je suis habituée, ni vivre dans une vilaine maison, ni manger du pain sec.

Ca dépend," répéta encore Follette.