Vous savez, reprit grossièrement l'ancien forçat, on s'arrangerait peut-être bien à vous laisser l'enfant pour de l'argent.
Alors c'est un marché que vous proposez pour votre fille? Ce n'est pas l'amour paternel qui vous a poussé à venir me trouver, c'est l'âpre désir d'avoir de l'or en nous menaçant de reprendre votre enfant?
"Partez, fit Mme Milane avec dégoût, et revenez dans deux jours pour recevoir la réponse. Je vous avoue qu'il m'est pénible de penser que j'ai sous mon toit la fille d'un… galérien; mais je suis prête à faire un sacrifice d'argent, pourvu que ce soit raisonnable, afin de la garder auprès de moi. A après-demain donc. Veuillez seulement ne pas ébruiter cette histoire, cela vous nuirait considérablement.
C'est convenu. Faut pas vous fâcher, ma petite dame, si l'on a parlé un peu rondement; c'est pas là-bas qu'on se forme aux belles manières."
Mme Milane lui montra la porte. Félix Marlioux salua et sortit.
La vieille dame, très troublée, quitta à son tour la bibliothèque.
Le petite Folla, restée seule, se frotta les yeux et se secoua.
"J'ai rêvé d'affreuses choses, murmura-t-elle en sortant de sa cachette, toute pâle et tremblante. Quelle mauvaise idée j'ai eue de venir ici et de m'y assoupir!"
Soudain elle s'arrêta; en traversant la chambre pour s'y blottir derrière le fauteuil, elle avait remarqué l'ordre parfait qui y régnait, cet appartement n'ayant pas été ouvert depuis plusieurs jours; et voilà que maintenant elle aperçoit deux sièges dérangés, placés l'un vis-à-vis de l'autre comme pour deux interlocuteurs; puis sur le parquet, au-dessous d'une de ces chaises, la trace poudreuse d'une grosse chaussure; enfin, sur une table, les lunettes de bonne maman. Elle les avait sur son nez tout à l'heure dans son boudoir, et elle ne s'en sépare qu'involontairement, dans les moments de trouble.
Qu'est-ce que cela signifie? Est-ce que, par hasard, le songe de Folla serait une effrayante réalité?