"Je le saurai bien," se dit la fillette.
Et, prise d'une résolution subite, quoique ses petites jambes tremblent bien fort, elle court jusqu'au pavillon, au bout du jardin, d'où l'on peut apercevoir la route bien à découvert.
Tout essoufflée, elle se penche par la fenêtre ouverte. Justement à cet instant passe un homme sur le chemin; et cet homme, qui traîne un peu la jambe en marchant, c'est celui de Palavas, celui qui a parlé tout à l'heure à Mme Milane dans la bibliothèque; c'est le forçat…, le père de Folla. Mon Dieu, mon Dieu!
Il y avait là, dans ce pavillon rustique, mais gentiment installé, un divan turc vaste et moelleux, où les fillettes se sont souvent roulées dans leurs ébats aux heures chaudes de l'été. Folla s'y jette, éperdue, et, la tête enfouie dans les coussins, elle pleure amèrement.
Un certain temps s'écoula ainsi.
L'enfant se souleva, faible et brisée. Il faisait nuit dans la pavillon. Elle essuya ses grands yeux ruisselants et descendit dans le jardin.
L'air froid sécha les traces de ses larmes. Heureusement qu'on ne s'était pas inquiété de son absence.
Bonne maman, enfermée dans sa chambre avec bon papa, de retour de la ville, devait l'entretenir de choses fort graves.
Mlle Cayer recevait une visite; Juliette achevait un livre fort intéressant.
Folla se mit au piano et joua tous les airs tristes qu'elle connaissait. N'osant plus pleurer, elle faisait passer dans les notes chantantes du clavier toute l'amertume dont sa pauvre âme débordait.