"Bah! moi aussi cela m'ennuie, mais dans huit jours tu me rejoindras; nous allons bien nous divertir cet hiver, bonne maman m'a promis tant de choses!"

Sophie ne répondit que par un triste sourire, tandis que Juliette continua à babiller gaiement; puis sa tête blonde reposa sur l'oreiller, et ses grands cils s'abaissèrent sur ses yeux de rieuse. Elle dormait.

Accroupie sur son séant, Folla put alors laisser couler librement ses larmes, sans bruit, doucement; mais elles étaient si amères, ces larmes!

A la fin, sentant la fatigue la gagner, elle se glissa lentement dans le lit, à côté de sa sur de lait, et à son tour tomba dans un lourd sommeil.

IX

LA DERNIERE HEURE

La Seille est plongée dans la mélancolie et le silence. Dans la mélancolie, parce que Juliette est partie avec Mlle Cayer; dans le silence, parce qu'on est à l'automne, que les oiseaux ne chantent plus, et que le ciel est lugubre et lourd comme une voûte de plomb.

Il est l'heure de la tombée du jour; on attend l'arrivée de
Félix Marlioux, qui va emmener sa fille.

Sa fille, elle erre, la pauvre enfant, à travers ces lieux tant aimés, dont le moindre recoin lui garde un souvenir.

Elle a baisé les murs de sa chambrette, cette chambrette claire qui a abrité ses rires joyeux et ses nuits calmes avec sa chère Lili. Elle a embrassé Sapho, qui a gémi en la regardant doucement; puis ses tourterelles rosées; puis Marquise et Light, les chevaux, jusqu'au poulain, qu'on lui défendait de toucher. De la main elle a envoyé un baiser aux cygnes blancs de la pièce d'eau, aux saules éplorés qui argentent de leurs feuilles tombées la surface de l'étang; elle a contemplé leurs petits jardinets abrités contre un mur au midi, elle y cueille les dernières fleurs; elle a visité aussi le vieux chêne dans le tronc duquel elles se faisaient un siège; les poules, dont elles mangeaient les ufs, qu'elles allaient quelquefois chercher elles-mêmes à la basse-cour; enfin chaque endroit familier lui rappelle une heure heureuse. Là elles ont été prises d'un fou rire à la suite d'une aventure plaisante; ici elles ont pleuré après une sottise commise, de peur d'être grondées; plus loin, en grimpant sur la même branche du cerisier, elles sont tombées, sans se blesser, par bonheur.