On comptait sur le temps, sur les plaisirs de l'hiver et sur d'autres petites amies pour lui faire oublier sa prétendue cousine, ou au moins pour la consoler de son absence.

Juliette avait donc embrassé Folla en lui disant: "Tâche que bon papa termine vite ses affaires pour venir me rejoindre au plus tôt."

La dernière nuit qu'elles passèrent ensemble à la Seille, elles couchèrent dans le même lit, comme cela arrivait quelquefois quand elles voulaient babiller longtemps le soir et qu'on les croyait sagement endormies.

La veilleuse éclairait faiblement les murs recouverts d'une jolie tenture bleue.

Sous les rideaux de même teinte, deux petites têtes, l'une blonde, l'autre brune, agitaient sur l'oreiller leurs boucles confondues.

Folla était grave, Juliette rieuse.

"Pourquoi ne ris tu pas? demanda cette dernière en examinant son amie à la lueur pâle de la veilleuse. Tu es toute drôle, tu ne joues plus depuis quelque temps. Pourquoi me regardes-tu ainsi? Tu n'es pas amusante, sais-tu?"

Folla n'y put tenir et éclata en sanglots:

"C'est que tu pars demain sans moi!" balbutia-t-elle dans ses larmes.

Etonnée de cette soudaine explosion de pleurs, Juliette répondit: