Félix Marlioux jura et tempêta longuement lorsqu'il vit échouer son plan, quand M. Milane lui apprit qu'il ne pouvait accepter ses conditions, et que la petite Sophie était toute décidée à rentrer chez ses parents.
Il ne s'attendait pas à cela.
"Bah! pensa-t-il à la fin, emmenons toujours l'enfant, ça ne durera pas longtemps; elle aura vite assez de sa nouvelle vie, et elle manquera ici; on me la redemandera, et j'exigerai une plus forte somme encore."
En attendant, il joua les sentiments paternels et feignit de prendre bravement son parti. C'était pour le bien de sa fille uniquement qu'il avait parlé de la laisser à la Seille; car enfin la pauvre petite, élevée jusqu'alors dans le duvet de cygne, allait se trouver bien dépaysée soudainement. Mais quoi! il était père avant tout, et bien trop heureux de retrouver son enfant; il allait enfin avoir de la gaieté autour de lui, et une petite ménagère pour faire la soupe.
"Vous n'allez pas la tuer de travail, au moins, demanda Mme Milane, que ces derniers mots inquiétèrent. Songez qu'elle n'y est pas accoutumée.
Ah! ma foi! Madame, riposta l'homme, faut bien qu'elle redescende à son rang. J'ai pas de quoi lui payer une servante."
Le matin du jour fixé pour le départ de Folla, Juliette et son institutrice partirent pour Paris. On prétexta qu'elles devaient s'y rendre d'avance pour faire préparer l'appartement de la rue Lafayette, M. Milane ayant encore affaire à la Seille avec ses fermiers, Mme Milane restait avec lui et même gardait Folla pour ne point trop s'ennuyer. Cette dernière clause fit bouder Juliette.
"Je ne m'amuserai guère toute seule!" murmura-t-elle.
Mais on recommanda à Mlle Cayer de la conduire au cirque, à la ménagerie, au Luxembourg, bref partout où il lui plairait; on promit tant de plaisirs à la fillette, qu'elle finit par se réjouir de retourner à Paris, même sans Folla.
Il était convenu qu'elle ignorerait l'événement qui la séparait de sa sur de lait. Quand elle verrait arriver à Paris M. et Mme Milane sans leur enfant adoptive, on lui expliquerait que des parents de Folla étant venus la chercher tout à coup, on l'avait laissée partir, mais qu'elle reviendrait un jour.