L'après-midi, elle n'osa se hasarder seule hors de la maisonnette; son père était reparti, la vieille Jantet aussi, après avoir accompli en hâte sa besogne quotidienne.

Folla s'ennuya; elle essaya de faire parler sa mère, mais l'insensée ne répondait toujours que par sa chanson monotone.

La nuit tomba de bonne heure, une nuit noire et triste; le feu était mort dans le fourneau refroidi. Le mistral s'éleva; la folle ne voulut pas quitter son poste, elle était insensible aux piqûres âpres du vent.

Et la petite fille y demeura exposée, assise loin de la porte, sur un tabouret, les mains roulées dans son tablier pour les réchauffer, et ses pieds se glaçant, immobiles, sur la dalle froide.

Elle se sentit seule et abandonnée: au dehors, c'étaient les ténèbres, le silence lugubre; au dedans, l'isolement et l'ombre aussi.

Une tristesse étrange pesait sur ces lieux solitaires. Folla fixa ses grands yeux désolés devant elle, sur cette mère qui ne la reconnaissait pas, qui ne lui rendait pas ses baisers, et dont les yeux brillaient dans la nuit comme deux flammes.

Folla frissonna et pleura.

"Tu t'ennuies, petite?" fit tout à coup auprès d'elle la voix de son père.

Il était arrivé sans qu'elle l'entendît, ayant la tête cachée dans son tablier, et à la lueur d'une allumette qu'il avait frottée il avait vu l'enfant pleurer.

"Tu t'ennuies, reprit-il, et tu es toute gelée; console-toi, dans deux jours nous partirons pour Marseille, et là-bas tu trouveras du soleil et de l'eau salée tant que tu en voudras. Si cela t'amuse, tu pourras aider au déménagement; dès demain nous emballons."