La folle se laissait faire, et même avec une certaine satisfaction; si propre et si soigneuse autrefois, Gervaise devait souffrir maintenant, inconsciemment peut-être, du désordre dans lequel elle vivait.

Folla rajusta ensuite ses vêtements, la lava, brossa ses souliers, puis remit tout en place; et, n'ayant plus rien à faire, elle vint s'asseoir à côté de sa mère.

Elle n'en avait plus peur. En s'occupant laborieusement, elle avait repris courage. Seulement midi approchait, et Folla se demandait, inquiète, comment on déjeunerait, et si son père allait revenir, comme il l'avait dit.

Il revint heureusement, un peu maussade, un peu de mauvaise humeur; mais il donna une tape amicale à la joue de sa fille, et apportait de la viande froide, des ufs et une bouteille de vin.

Folla dressa promptement trois ouverts, et fit bouillir de l'eau. Après ce frugal repas, Félix Marlioux bourra sa pipe; Gervaise retourna s'asseoir à la porte comme à l'ordinaire, en regardant la route.

"Petite, dit tout à coup l'homme à la fillette, qui arrangeait la vaisselle, tu n'es pas habituée à faire si maigre chair; tu n'as pas eu de dessert.

Cela ne fait rien, papa, répondit-elle, et je m'en passe
très volontiers."

L'ancien forçat la regardait aller et venir, adroite et légère comme un papillon.

"Laisse cela, dit-il encore, la Jantet s'en chargera; pour trois sous par jour que je lui donne, elle balaye la maison et lave les assiettes."

Folla soupira de soulagement; elle se prêtait bien volontiers à toutes sortes d'ouvrages, même grossiers, mais elle éprouvait une répugnance extrême à plonger ses mains dans l'eau grasse. Cette fille dévouée et courageuse gardait certaines délicatesses inhérentes à sa nature.