"Bien! jentends la voix de Fraülen! Mon Dieu, mon Dieu! que va-t-elle dire! Elle me privera de ma leçon de musique de mardi, et j'ai déjà manqué celle d'aujourd'hui; moi qui aime tant la musique et M. Walter! Dire qu'on n'a pas plutôt l'idée de me priver de dessert!"
Au même instant, comme Folla, rouge et confuse, baissait le nez sur son cahier, une autre fillette du même âge environ entrait dans la salle d'étude.
Juliette était plus grande et plus élancée que Folla. C'était une fort jolie enfant, aussi blonde, d'un blond foncé, avec un teint blond et rose, des traits fins et de beaux yeux noisette au regard tranquille et un peu fier. Seulement il manquait à sa figure l'expression de bonté et de franchise infinie qui se lisait sur celle de sa campagne.
Les deux petites filles ne se ressemblaient aucunement; ce qui n'avait rien d'étonnant, puisque nul lien de parenté ne les unissait, quoiqu'elles fussent persuadées du contraire.
Elles étaient unies comme deux soeurs et se croyaient cousines.
Juliette était la petite-fille de M. et Mme Milane; son père et sa mère étaient morts depuis quelques années, et, sous la douce tutelle de ses grands-parents, elle s'élevait, excessivement gâtée, choyée et adulée.
Aussi n'était-elle pas éloignée de se croire une petite perfection morale et physique. Son naturel, bon et doux au fond, s'altérait progressivement sous la perpétuelle admiration dont elle était l'objet.
Il n'y avait guère dans la maison que son institutrice, Mlle Cayer, qui n'en fît pas son idole et ne lui épargnât point les remontrances, en dépit des grands-parents, qui n'admettaient pas cela.
En vérité cependant, sauf ceux-ci, on préférait Folla; seulement on adulait la petite Kernor pour complaire aux maîtres, chose assurément blâmable, qui rendait un bien mauvais service à la petite égoïste.
Et Folla, qui donc était-elle, si elle n'était ni la petite- fille ni même la petite-nièce des châtelains de la Seille?