Peu à peu l'argent devint plus rare dans le petit ménage, et
Folla dut songer à devenir économe, très économe.

Elle prit sur elle de congédier la vieille femme qui faisait le ménage chaque matin, et se chargea de cet ouvrage.

On était à la fin de l'hiver, et quoique en Provence cette saison soit moins rude qu'ailleurs, les jours de pluie ou de mistral la petite Folla eût été bien aise de voir une flambée dans la salle, pour réchauffer ses mains rouges de froid; mais il fallait du bois pour cela.

Tout alla de plus mal en plus mal: Félix Marlioux se fit chasser de la fabrique où il travaillait, et il lui fallut vivre d'expédients.

Sophie se demandait naïvement comment il faisait pour gagner le peu d'argent qu'il apportait à la maison.

Il n'y venait plus guère cependant, au pauvre logis d'Endoume, et les hommes de mauvaise mine qu'il amenait avec lui avaient toujours le blasphème à la bouche ou de grossières plaisanteries.

Et peu à peu l'enfant s'étiola dans ce milieu malsain, entre une mère qui la reniait pour sa fille, et un père qui ne s'occupait pas plus d'elle que si elle n'eût pas existé, et ne lui donnait même pas le pain nécessaire à son existence.

Ce fut alors qu'elle se rappela la petite boîte que lui avait remise Mme Milane le soir de son départ de la Seille.

Elle courut à sa petite malle, fouilla dans la poche de la robe qu'elle portait ce jour-là, et en retira l'objet en question.

Folla y trouva trois billets de cent francs et dix pièces de vingt francs.