C'était une richesse, et du cur meurtri de la petite fille s'éleva une nouvelle effusion de reconnaissance pour sa bienfaitrice.

Elle prit cet argent pour nourrir sa mère et se nourrir elle- même.

Marlioux rentrait chez lui de plus en plus rarement et toujours ivre.

Un jour cependant, entre deux lourds sommeils desquels il sortit hébété, il se demanda, étrangement étonné, d'où provenaient les ressources du petit ménage, que n'alimentait plus son travail.

"La mioche aura écrit aux Milane, se dit-il, et on lui envoie de l'argent. Pas bête, la mioche, mais sournoise; comme si elle ne pouvait pas me le dire. Elle garde tout pour elle, tandis que j'ai soif, et on ne me fait plus crédit dans aucun cabaret."

Pendant que l'enfant était à l'école, il fouilla dans sa malle, découvrit le petit trésor déjà bien entamé, et l'empocha.

"Ah! ah! dit-il, je ne fais pas tort à la bambine; elle n'a qu'à en demander de nouveau, on ne lui en refusera pas. Eh! eh! je n'ai pas fait une si mauvaise combinaison en la retirant à ses parents adoptifs, ils seront notre vache à lait."

A la porte, il se sentit brutalement arrêté par une main de fer. Sophie avait beau être sa fille, il n'agissait pas moins comme un voleur; aussi fut-il effrayé.

Ce n'était pourtant que la folle.

Gervaise avait vu son manège, et, comprenant d'instinct que son mari portait préjudice à la fillette qui la soignait si tendrement, elle voulut la défendre.