Et, cette fois encore, dans le cur de Folla se glissa un doute bizarre.
Elle ne se sentait plus autant de tendresse pour ce père qui la volait, qui avait été au bagne et qui l'aimait si peu. Elle ressentait pour Gervaise un sentiment plus proche de la pitié que de l'affection filiale, et elle se reprochait cela comme une faute, mais ne pouvait se surmonter; elle commençait à se demander vingt fois par jour:
"Suis-je bien l'enfant des Marlioux?"
Cependant, comme il fallait manger, elle alla vendre une de ses robes à une fripière, qui lui donna un prix dérisoire d'un costume de drap encore presque neuf.
Les autres vêtements prirent la même route; on vécut ainsi quelques jours.
Félix Marlioux ne rentrait pas; Folla se décida à écrire à Mme
Milane, de sa grosse écriture toujours incorrecte.
Elle était humiliée, la pauvre petite, d'être obligée d'avouer sa misère; mais il le fallait.
Déjà, grâce à l'insuffisance de nourriture et aux précoces soucis, son petit corps s'était émacié, son visage avait pâli, et elle voyait Gervaise maigrir aussi.
Seulement on ne lui répondit pas.
Comme elle ne pouvait croire à l'oubli de ceux qui l'avaient aimée, elle se dit: