"Est-ce qu'elle est morte, bonne maman, dit-elle, la voix pleine de larmes, en tirant Mme Milane par sa robe.
Mon Dieu! murmurait celle-ci sans répondre à sa petite- fille, voilà donc comme nous la retrouvons! voilà donc ce qu'ils ont fait de notre pauvre oiseau rieur, si gai, si gentil! Pauvre ange! comme elle a dû souffrir!"
M. Milane souleva Folla dans ses bras et l'emporta dans la pauvre demeure, où, grâce aux allumettes qui se trouvaient dans sa poche, on put faire de la lumière.
Alors ils purent voir le dénuement de ce logis misérable: rien sur le poêle, rien dans le garde-manger, presque plus de meubles dans les chambres, car Marlioux avait dépouillé sa demeure au profit du mont-de-piété.
Dans l'étroit cabinet où couchait Folla se voyait son lit, qui n'avait pas été refait depuis plusieurs jours, et qui, creusé au milieu, gardait la trace du petit corps qui y cherchait vainement un peu de repos et de chaleur.
Sous les baisers de Mme Milane, Folla rouvrit enfin les yeux et se prit à sourire, tandis qu'une larme roulait sur sa joue.
Un bizarre incident vint interrompre les effusions de la petite fille avec les Milane.
A présent que la chambre n'était plus plongée dans les ténèbres, Gervaise pouvait voir quels étaient les envahisseurs de sa demeure; elle avait d'abord aperçu Juliette, debout près de sa sur de lait.
La figure de la folle rayonna d'une sorte de joie sauvage; ses yeux mornes devinrent ardents.
"Ma fille! c'est ma fille!" cria-t-elle en étendant les mains vers l'enfant des Kernor.