Non, Arthur, il ne faut pas nous montrer trop durs, répondit Mme Milane; songez que le coup est rude pour cette petite, qui ne s'attendait nullement à ce qui arrive. Voilà ce qu'il faut faire: nous allons rentrer à Marseille, emmenant les deux enfants; vous entendez? les deux; pendant qu'elles se remettront de leurs émotions, nous nous concerterons sur la manière d'agir à l'égard de la petite Marlioux.
Hé quoi! s'écria Gervaise, qui écoutait, vous allez m'enlever ma Sophie?"
M. et Mme Milane se regardèrent.
"Emmenons-la aussi," dirent-ils ensemble.
Quelques instants après, ils remontaient en voiture avec les deux soeurs de lait et Gervaise.
On laissa un peu d'argent à Félix Marlioux, en lui promettant de le revoir le lendemain.
Et tandis que le cheval trottait sur la grande route, Folla (on continuait de l'appeler Folla), ses lèvres sur la joue de sa grand'mère, sa petite main dans celle de son grand-père, s'endormait d'un profond sommeil, brisée de fatigue et d'émotions.
Ce sommeil ne lui apporta que des rêves délicieux. On ne l'éveilla point pour la mettre au lit à l'hôtel de l'avenue Noailles, et le suisse qui en gardait l'entrée fut tout étonné de voir reparaître en tel équipage la petite pauvresse de l'après-midi. L'ex-Juliette Kernor, devenue pour toujours Sophie Marlioux ne dormit guère.
Tout le long du trajet elle avait sangloté, et elle continua toute la nuit, au grand désespoir de Gervaise et à la grande indignation de M. Milane. Mme Milane, plus indulgente, l'excusait. Tous les deux passèrent de longues heures à discuter la question concernant l'avenir de l'enfant des Marlioux.