Lorage était dissipé depuis longtemps; le ciel avait recouvré sa sérénité et la pluie avait rafraîchi le sol et les plantes.

Mme de Cergnes et ses gens navaient pas encore battu la forêt tout entière; il avait fallu faire halte par deux fois, car la pauvre mère sétait évanouie de lassitude et dangoisse; mais, cette faiblesse passée, elle recouvrait son énergie et montrait le chemin aux autres.

Tout à coup, miss Claddy poussa une exclamation de joie: elle venait dapercevoir Casse-Cou, qui, les quatre fers en lair, se roulait dans lherbe odorante, aussi léger de corps et desprit que sil neût pas eu sur la conscience la chute de sa petite maîtresse.

Cétait un indice, certainement, mais rien ne prouvait que lenfant se trouvât dans ces parages parce que lâne y était venu folâtrer.

Néanmoins, on continua de fouiller les profondeurs du bois, emmenant Casse-Cou qui ne pouvait malheureusement rien leur apprendre.

Ce fut au tour de Joseph le valet de chambre de jeter un: "Ah!"de surprise: sous ses yeux apparaissait la petite Bohémienne entrevue la veille à la lueur des éclairs; elle était assise, toute songeuse, sur le tronc moussu dun hêtre renversé par la foudre, ses cheveux noirs flottant sur son cou brun et ses grands yeux perdus dans une pensée ardente.

Au bruit des pas de Joseph, elle releva la tête, et, apercevant ses ennemis dhier, elle senfuit comme une biche effarouchée.

" Vous lavez effrayée, dit la comtesse en fronçant le sourcil, laissez-moi lapprocher seule, jen tirerai peut-être quelque renseignement."

Mme de Cergnes, laissant ses gens derrière elle, savança doucement, et, avec des signes de bienveillance et de prière, elle appela à elle la petite sauvage.

La Moucheronne ne fuyait plus, mais elle napprochait pas non plus.