Elle regardait, étonnée, cette femme pâle vêtue élégamment quoique sa robe de soie fût déchirée et souillée par les ronces et par la boue de la forêt. Cette femme était jeune encore, belle et blonde comme Mlle de Cergnes, et il y avait une douleur intense au fond de ses yeux bleus cernés profondément. La comtesse étendit sa main blanche et effilée vers lenfant que dun geste caressant elle attira vers elle.
Doucement séduite, la Moucheronne se laissa gagner, et, considérant toujours fixement létrangère:
" Vous êtes la maman de la petite demoiselle, nest-ce pas?
" La petite demoiselle? Quelle petite demoiselle? sécria la comtesse avec une joie passionnée. Oh! tu parles sans doute de ma fille. Alors, si tu le sais, appends-moi vite où elle est; je ten supplie, je te donnerai… non plutôt je taimerai comme une seconde enfant."
Et elle embrassait le petit visage hâlé de la Moucheronne, elle la pressait dans ses bras, elle caressait sa chevelure inculte et rebelle.
" Dis-moi où elle est, dis-le-moi! répétait-elle à demi folle."
Sans répondre, la Moucheronne la laissait faire et se disait:
" Cest comme cela que les mères aiment leurs enfants; oui, cest comme cela.
"Où elle est? fit-elle, sortant enfin de sa rêverie; pas bien loin dici, suivez-moi, je vais vous y conduire."
La Moucheronne navait plus peur; elle parlait dune voix douce et ne haïssait point cette étrangère qui ne lui voulait pas de mal et qui était si belle et si triste.