LE FILS DU COMTE.
Un peu avant lheure du dîner, Marie, vêtue de gris et un peu lassée par une journée de travail, car elle préparait son examen de catéchisme, était appuyée à la balustrade de pierre du perron; Nounou était couchée à ses pieds, songeuse comme elle.
La petite figure sérieuse de la Moucheronne a gardé les tons chauds que le soleil y avait mis au temps où elle ne connaissait pas cet objet quon nomme un chapeau et quelle trouvait si incommode.
Depuis un an, elle a beaucoup grandi, en conservant la grâce un peu sauvage de son enfance.
Le sable de la terrasse cria sous le pied dun visiteur, et la Moucheronne, levant les yeux, se trouva face à face avec un jeune homme de haute taille, dont la bouche grave eut un sourire étonné sous sa moustache brune.
Il portait le costume dofficier de cavalerie.
"Ma parole, murmura-t-il, on dirait la petite sauvageonne qui ma détourné un jour du bois où mattendaient trois bandits; et voici la louve Nounou! Je me souviens, cest bien elle."
Il reconnaissait ces grands yeux sauvages, doux comme ceux de la gazelle, au fond desquels se lisaient des pensées au-dessus de son âge; mais ces paupières bistrées et ce front candide nétaient plus abrités sous une masse de cheveux en broussaille et lenfant navait plus lair dune petite mendiante, jolie dans ses loques.
Bien vêtue, bien coiffée, elle était là comme chez elle, comme la fille de la maison.
" A qui ai-je lhonneur de parler, mademoiselle? dit-il enfin de sa voix grave et musicale, en saluant comme il eût salué une princesse de sang."