La comtesse comprit ce geste suppliant.

" Elle est seule à présent, tu laimes, cest Nounou enfin, va, emmène-la."

Pour toute réponse, Marie baisa la main de Mme de Cergnes.

Mais en disant cela, la comtesse étouffait un soupir car elle était peu satisfaite de loger au château cet hôte bizarre.

Ainsi que cela devait inévitablement arriver, les domestiques eurent un grief de plus à ajouter à leur sujet de mécontentement contre Marie, et ils se plaignirent vivement davoir à soigner maintenant non seulement une enfant trouvée qui ressemblait au diable (ils navaient jamais vu le diable cependant) mais encore une horrible bête malfaisante qui leur causait dinsurmontables frayeurs.

"Lhorrible bête malfaisante", cependant, était devenue la grande amie du petit Jean. Lenfant lui rappelait sans doute sa nourrissonne dautrefois, alors que la victime de Favier navait quelle pour la défendre et la nourrir. Miss Claddy elle-même surmonta sa répugnance pour caresser quelquefois Nounou.

Mais quoique Nounou fût grassement nourrie et chaudement logée, on la trouvait souvent allongée sur le sol, la tête tournée du côté du bois; elle aussi, peut-être, rêvait à sa forêt profonde et solitaire, et se disait quil y avait meilleur vivre que dans ce château opulent.

Marie demeura triste longtemps et noublia point Manon.
Pendant les premiers jours de son deuil, les caresses du petit
Jean lui firent grand bien et ce fut le cher mignon qui lui
arracha son premier sourire.

De même quelle allait autrefois chaque semaine à la cabane, elle se rendit tous les huit jours au cimetière, et la pauvre Manon, si pauvre quen toute sa vie elle navait peut-être jamais aspiré le parfum dune fleur rare, eut sa tombe couverte de plantes aux suaves odeurs et aux couleurs magnifiques.

CHAPITRE XXI