" Ce nest pas la règle commune, fit observer la comtesse. Rappelle-toi, Gérald, lhistoire du lion de notre ami le général Trévière?
" Quelle histoire, maman? demanda Valérie; je me souviens du général, mais jignorais quil possédât un lion.
" Voilà ce que cest, reprit Mme de Cergnes: le général qui passa plusieurs années dans lInde, avait apprivoisé un gentil lionceau quon appelait Sweet nom qui en anglais, comme vous le savez, signifie doux.
"Sweet était le favori de tous et de son maître surtout; cétait à qui le gâterait, lui apporterait des friandises et du sucre. Il mangeait dans la main du général, couchait au pied de son lit sur un tapis magnifique et obéissait au moindre signe. En grandissant, Sweet ne devint pas méchant, chose assez rare chez les animaux féroces, même les plus apprivoisés, car le naturel finit toujours par reprendre le dessus.
" Il nen est pas ainsi pour Nounou, protesta une petite voix.
" Oh! Nounou est une exception, cest admis. Je poursuis. Un matin, en séveillant, le général dont la main pendait hors du lit, saperçut que le lion léchait cette main dune singulière façon.
"Cétait cependant sa manière habituelle de saluer son maître, mais le brave soldat frissonna; on sait que les fauves, avant de dévorer leur proie, et vous avez pu le remarquer dans les ménageries à lheure de la distribution de la viande, la lèchent longtemps en tous sens…
"Le général eut le sang-froid de ne pas retirer sa main sans quoi Sweet nen eût fait quune bouchée, mais de celle qui restait libre il agita le cordon de sonnette pendu à côté de son lit.
"Lordonnance parut; sans faire un mouvement, lofficier lui dit seulement:
" Regarde."