"Ils mont appelée voleuse, ils me croiront tous coupable, et moi je mourrai plutôt que de retourner parmi eux."

CHAPITRE XXIII

LE CINQUIEME JOUR.

Il y avait cinq jours que la Moucheronne habitait sa chère forêt. Sa chère forêt avait revêtu laspect lugubre de lhiver : plus de feuilles aux arbres, plus doiseaux dans les nids; le ruisseau gelé faisait son murmure, et lâpre vent dautomne glissait sous les fentes de la pauvre cabane.

Dans la masure, aucun bruit; elle était aussi morne et silencieuse que le soir où la dépouille de la vieille femme lavait abandonnée pour jamais.

Où était donc la Moucheronne? et où donc était Nounou?

Sur le sol humide et glacé, deux formes sombres étaient pressées lune contre lautre: celle dune louve accroupie, léchine maigre, le poil hérissé, lil atone; la bête avait faim; il y avait cinq jours quelle navait mangé.

Tout contre elle, une fillette pâle et presque aussi maigre était affaissée; la fillette aussi navait mangé depuis cinq jours quune poignée de farine aigre trouvée dans le buffet vide.

Ses bras bus étaient glacés, malgré le peu de chaleur qui gardaient les membres de lanimal serré contre elle.

Le premier soir où la Moucheronne sétait retrouvée sous le toit de sa vieille amie défunte, elle avait eu comme un soupir dallégement au milieu de sa désolation; mais elle était lasse et brisée et passa la journée du lendemain, lil fixé aux cendres mortes du foyer.