Lenfant ne sapercevait pas que le temps sécoulait; par moments ses lèvres violettes murmuraient une prière qui sachevait dans un sanglot.
Le troisième jour, la neige commença à tomber, mais elle ne la vit pas; seulement elle sentit dans ses veines un frisson mortel.
Un gémissement de Nounou lui rappela quelle aussi avait faim. Alors, elle fouilla le pauvre réduit et découvrit un peu de farine quelle délaya dans leau. Nounou dévora un os déjà dépouillé de sa chair; ce fut tout.
Le lendemain, la Moucheronne se sentit le cerveau alourdi, et sa pensée dansait dans un chaos incompréhensible; elle avait les membres glacés et une vive chaleur à la poitrine.
"Je vais sans doute mourir, se dit-elle."
Et son regard tombant sur la louve:
"Pauvre Nounou! tu seras seule."
La faim qui lavait quittée à lheure de la fièvre, lui déchirait maintenant les entrailles. Alors, devant ses yeux passèrent détranges visions; elle, qui nétait certes pas gourmande, revoyait en imagination la table étincelante du château de Cergnes, avec ses cristaux et son argenterie rutilants sous la lumière, avec ses mets exquis fumants sur les réchauds dargent.
La Moucheronne revoyait tout cela, tout cela quelle avait perdu à jamais.
Et elle se mourait de faim et de froid. Elle songeait de même à sa petite chambre rose si gaie et si chaude avec ses tapis moëlleux et sa lampe dalbâtre rosé suspendue au plafond, car Valérie avait exigé le même luxe pour son amie que pour elle.