La Moucheronne recommença, redoublant defforts, mais sans plus de succès.
" Je ne pourrai jamais! répéta-t-elle."
Pour toute réponse Favier, le colosse fort comme un taureau, lui lança un tel coup de pied dans lestomac que la petite fille alla rouler à lautre extrémité de la cabane; le sang lui sortait de la bouche et sa tête porta si rudement contre le mur quà son front souvrit une large fente. Elle demeura évanouie.
Lhomme poussa un juron énergique, se leva, éloigna le petit corps du bout de sa botte, parce quil gênait son passage, et sortit sans refermer la porte.
Au dehors, il faisait clair et gai; on était au printemps; le soleil piquait de rayons dor capricieux les ombrages touffus de la forêt; le ruisseau babillait plus loin; la mousse fraîche recouvrait le sol; lair était tiède et parfumé; les oiseaux chantaient, les lièvres et les lapins sébattaient joyeusement dans la clairière.
Pendant une heure une paix délicieuse, toute faite dharmonies et de parfums, enveloppa le bois; puis, tout se tut comme par enchantement; les jolies bêtes effarouchées disparurent en un clin dil, les oiseaux se cachèrent; sur le velours foncé des gazons un énorme animal marchait sans bruit; une ombre gigantesque interceptait par places les rayons du soleil; cétait la louve qui rentrait, traînant après elle le fruit de sa chasse ou de sa maraude: une grosse lapine déjà morte et un mouton à demi égorgé.
Mais avant darriver à la cabane de Favier, elle huma lair, poussa un sourd grondement, et, lâchant sa proie qui retomba sur le sol, elle se précipita dans le logis ouvert.
Lenfant y était toujours privée de sentiment. Lanimal gémit douloureusement, sapprocha delle et lécha la plaie de son front.
Alors la Moucheronne ouvrit les yeux, de grands yeux pleins dangoisse et de terreur, mais, apercevant la bête qui lui prodiguait les caresses et les soins, elle murmura faiblement :
"Nounou!" Puis, sans se soucier du sang qui coulait sur son visage, elle passa ses petits bras autour du cou de la louve et pleura amèrement.