"Tu sais que jai épousé il y a deux ans une charmante Espagnole que je tai présentée un jour à Paris? Hélas! mon pauvre ami! elle na pu me rendre heureux que jusqu'à la naissance de mon enfant, qui lui a coûté la vie, et, lorsque je me suis trouvé veuf et plongé dans la désolation, retenu toi-même au lit de mort de ton père, tu nas pu que madresser une lettre pleine de cur.

"Ce que je tai laissé ignorer jusqu'à présent cest le mauvais état de mes affaires, et ma fortune détruite par un banquier infidèle qui sest enfui en me ruinant.

"Si jétais seul au monde, quoique gentilhomme je chercherais un modeste emploi en France ou en Espagne (cétait aussi le pays de ma mère), et je vivrais simplement; mais jai une fille, ma petite Carmen, qui a reçu au baptême le même nom que sa mère et qui a déjà ses yeux magnifiques. Je veux reconstruire ma fortune pour elle.

"Jai à Mexico un oncle extrêmement riche et célibataire qui moffre de venir laider à administrer ses biens immenses, me promettant de me les léguer à sa mort qui, jespère, est encore éloignée.

"Je pars, car là est lavenir de mon enfant, mais je ne puis exposer ce pauvre petit être aux hasards et aux fatigues dun long voyage. Jai pensé à toi, mon ami, pour me remplacer auprès de ma petite Carmen. Ta femme, que je respecte et que jadmire comme un ange de bonté, lui donnera, je nen doute pas, une part des soins quelle prodigue à ton beau Gérald, mon filleul, et à sa mignonne Valérie.

"Je sais davance que tu ne me refuseras pas ce service; dès que mon enfant sera assez forte ou assez grande pour supporter la traversée, je viendrai la chercher; et avec quelle joie!

"Je tenvoie donc mon trésor sous la garde de sa nourrice, une brave femme en qui jai toute confiance; celle-ci était un peu souffrante, ce matin; jespère que ce ne sera rien et que demain je pourrai la mettre en route, car, hélas! je ne puis moi-même me rendre à St-Prestat; des affaires urgentes me retiennent ici, et je dois prendre dans trois jours le paquebot du Havre; ni le bateau ni la diligence ne mattendraient.

"Je ne sais pas de parole, Gaston, pour te témoigner ma reconnaissance, mais je prie Dieu quil taccorde à toi et aux tiens tout le bonheur désirable.

"Mes respectueux hommages à madame de Cergnes et une caresse à mon beau filleul et à sa jolie sur.

"Ton malheureux ami,