Peu après ces aventures successives, le comte de Cergnes revint de son voyage; il était soucieux: les affaires navaient pas été tout droit comme il laurait voulu, et il nétait pas sûr encore que la succession quil était allé chercher si loin lui revînt.

Lorsquil apprit lhistoire de Carmen, et quil lut la lettre de son ami mort dune façon si tragique, il sécria:

" Mais, cest à cette enfant que revient lhéritage du cousin Minotto! Le testament est arrangé de façon à ce que cette fortune ne puisse me revenir, que si Gérald de Nuovi et sa fille sont décédés tous les deux; or on navait aucune preuve du décès, et lenfant vit. Voilà donc notre petite Carmen très riche."

Cette nouvelle, nous devons le dire à sa louange, némut aucunement la fillette: elle eut même une larme de regret en songeant que la mère Manon était morte trop tôt: elle aurait pu lui faire une vieillesse si choyée, si heureuse!

" A quoi emploieras-tu tout cet argent? lui demanda Valérie, riant à la pensée de voir millionnaire sa couine si détachée des biens matériels.

" Je donnerai à ceux qui nont pas, répondit lenfant, et je ferai bâtir une grande maison de campagne pour les enfants qui nauront ni père ni mère et que leurs maîtres battront."

Valérie lembrassa:

" Tu es meilleure que moi, va, tu es un ange."

Et Carmen rencontra le regard attendri de son cousin Gérald qui les écoutait toutes les deux.

Quelque temps après la fillette fit sa première communion avec une ferveur qui édifia tout le monde, et ce jour-là, elle supplia M. de Cergnes, devenu son tuteur, dhabiller de sa part une vingtaine denfants pauvres et de leur donner à dîner.