" Vous lui avez sauvé la vie?…………"
Manon prononça ces mots dune voix amère et la fillette releva les yeux avec étonnement sur le braconnier.
" Tiens! reprit lhomme avec son mauvais rire, je pouvais lui tordre le cou et lenvoyer rejoindre son… enfin… en faire ce que voulaient les camarades.
" Ah! oui, vous lavez laissée vivre quand vous pouviez la tuer, mais cétait par calcul et non par pitié; vous vous attribuez les droits dun maître; lenfant vous est utile pour tenir votre ménage, pour vous servir et recevoir vos coups quand vous avez besoin de décharger votre colère sur quelquun; vous en faites votre esclave, votre souffre- douleur, votre chien et…
" Manon! cria le braconnier avec un geste terrible."
La vieille femme se tut.
Alors la Moucheronne, se glissant derrière elle, murmura doucement à son oreille:
" Gardez-moi.
" Je ne le puis, pauvre ange du bon Dieu, répliqua la bonne créature en se retournant."
Et deux larmes coururent dans les sillons creusés par les rides, peut-être par les pleurs.