La petite fille courba la tête à son tour, mais elle eut la force de ne pas pleurer.

" Suis-moi, grogna Favier en brandissant au-dessus de ses frêles épaules son énorme bâton noueux."

Mais il se sentit aussitôt saisir fortement par sa blouse; il se retourna, une malédiction aux lèvres, croyant, que cétait encore la mère Manon qui se plaçait entre lui et sa victime; il rencontra léchine maigre, les crocs aigus et les yeux ardents de la louve, et il ne frappa point.

Tous les trois reprirent le chemin de la cabane, laissant la mère Manon seule et triste chez elle.

Lhomme marchait à grandes enjambées en sifflotant une chanson obscène entre ses dents; la louve suivait, loreille basse, comme fâchée de rentrer au logis, et lenfant trottinait aussi vite que le permettait la petitesse de ses pieds, en retournant cette pensée dans son cerveau fatigué:

"Pourquoi donc ma-t-il laissée vivre puisquil ne maime pas? Il valait bien mieux me laisser dans la mort."

CHAPITRE V

LES REVES DE LA MOUCHERONNE.

De ce jour-là, le petit esprit neuf et inculte de la fillette se mit à travailler: ses mains et son corps seuls se livrèrent aux dures occupations quotidiennes; elle remplissait machinalement son devoir et son esprit trottait au loin.

Quelles réflexions sagitaient dans cette petite tête? Dieu seul pouvait le savoir avec Nounou qui recevait les confidences de lenfant.