Dautres fois, lenfant et ses deux amis se promenaient ensemble dans les profondeurs des allées sombres, et la Moucheronne se disait que jamais encore la vie ne lui avait été si clémente, et que lhiver ne lui paraîtrait plus aussi rude tant quelle aurait auprès delle ce gai compagnon.

Et cependant, elle connaissait la grande désolation de la forêt pendant la froide saison; mais elle ne songeait quaux longues soirées passées entre Nounou et le petit chat, jouant tous les trois quand Favier dormirait après avoir bu.

Elle causait avec la folâtre petite bête comme avec Nounou, croyant naïvement quelles la comprenaient lune et lautre et leur racontant ses pensées.

Elle les conduisait souvent auprès dun grand chêne, au tronc moussu et absolument tordu, sur les énormes racines duquel on sasseyait, et où lon écoutait murmurer la brise dans les cimes vertes et chanter les cigales.

Le pauvre petit cur gelé de la Moucheronne se dilatait entre ces deux affections danimaux, les seules, dailleurs, quelle pût posséder, et ses grands yeux sombres devenaient doux et pleins de caresses quand ils se portaient sur Nounou et sur Moucheron.

Lautomne arriva et la fillette trembla, car Favier demeurait plus fréquemment au logis, et le petit chat, qui croissait en vigueur et en lutineries, devenait difficile à garder et surtout à dérober aux yeux du braconnier.

Puis vint lhiver; et, ce sommeil de mort qui pèse sur la nature et qui dure des mois dans nos contrées, enveloppa la forêt devenue silencieuse et lugubre.

Ce soir-là, on entendait le vent dhiver gémir autour de la cabane de planches, et lon frissonnait.

La Moucheronne servait à Favier son souper; elle allait et venait, légère sur ses pauvres pieds nus, rougis et crevassés par le froid, et elle tendait loreille de temps en temps, angoissée, pour écouter si un miaulement du petit chat nallait pas sélever tout à coup du réduit où elle lavait laissé endormi dans la mousse sèche, nosant plus lexposer à lair glacé de sa prison habituelle.

Mais nul bruit ne venait de ce côté; il sommeillait profondément sans doute; Nounou chassait au loin; la Moucheronne ne sen inquiétait pas car la brave bête rentrait au logis quand bon lui semblait, et lon sait que les loups peuvent impunément supporter la température la moins élevée.