Soudain, Favier saperçut quil avait égaré son couteau: cela le mit de mauvaise humeur.

"Il nest pas loin dici, dit-il, car je lai encore touché pour couper des branches sèches au vieux saule. Va jusque-là, petite brute, ajouta-t-il en montrant la porte à la Moucheronne, tu as de meilleurs yeux que moi, et dailleurs, jai assez marché, moi!"

Il se versa un verre de vin et, se renversant sur sa chaise dépaillée qui craqua sous son poids, il se mit à siffloter, sans songer que par cette soirée glaciale, lenfant navait sur le corps que de misérables loques.

La Moucheronne navait quà obéir: elle alluma une chandelle à celle qui brûlait, fichée dans un trou de la table; et, protégeant la flamme vacillante de sa petite main maigre, elle sortit, suivant les traces laissées sur le sol par les gros souliers ferrés de son maître.

Elle fit ainsi une centaine de mètres, et vit briller à terre le couteau affilé quelle ramassa avec empressement; puis, elle se mit à courir, autant pour ne pas faire attendre Favier que pour se réchauffer, car ses dents claquaient de froid et ses doigts engourdis ne pouvaient plus tenir la chandelle.

Pendant ce temps, hélas! Moucheron avait fait des siennes: réveillé tout doucement de son long somme et ayant depuis bien des heures digéré la soupe de la Moucheronne que, dans son égoïsme de minet, il avait dévorée presque tout entière, il avait poussé un miaulement lamentable dans lespoir que sa petite maîtresse lentendrait et viendrait le délivrer.

Favier, nétant pas encore ivre, possédait ses pleines facultés, par malheur.

"Il y a une chouette par ici" se dit-il en se dirigeant vers le réduit de la fillette.

Quel ne fut pas son étonnement en trouvant devant lui un joli chat qui, à son aspect, se mit à souffler bruyamment en hérissant son poil.

Favier le saisit par la peau du cou: