"Cest froid et cest laid, murmura-t-elle avec un frisson, mais tant pis!"

Elle assembla dans son pauvre jupon quelques grosses pierres, et en tint les extrémités afin de ne point laisser glisser les cailloux… elle pesait si peu, elle avait peur de revenir à la surface.

Puis, se retournant, elle se baissa et mit un baiser sur la tête velue de la louve qui répondit par un gémissement à cette caresse suprême.

"Adieu, Nounou, dit lenfant avec un accent de douceur infinie; il ny a que toi qui maies aimée, toi et le petit chat… Manon, elle, est trop loin… Adieu, tu peux te passer de moi car tu sais te défendre, toi! Tu sais bien que je ne puis pas faire autrement que de mourir, car la vie est trop dure."

Elle releva ses grands yeux qui errèrent au loin, au delà de lombre impénétrable.

"Favier ne me trouvera plus! murmura-t-elle avec une joie farouche; il naura plus personne à faire souffrir!"

Puis elle descendit doucement dans londe noire et épaisse.

En un certain endroit, leau était assez profonde pour noyer un enfant de sa taille. Nul ne la vit ni ne lentendit tomber… il ny eut que la louve qui hurlait sinistrement sur le bord.

A ce moment, Favier, furieux, cherchait sa petite servante en rupture de service ce matin-là; il passa près du trou, tendit loreille, et, sapprochant, vit Nounou qui allait et venait désespérément, les pattes dans leau. Un soupçon effleura son esprit; il plongea avec son bâton dans la surface agitée de frémissements qui se propageaient de cercle en cercle, et rencontra un obstacle.

Une malédiction aux lèvres, il se courba, entra un peu dans la mare et en retira la Moucheronne.