Dinstinct elle haïssait le mal et le mensonge. Jamais une parole contraire à la vérité navait passé par ses lèvres, lors même que cela eût pu lui éviter une correction de son redoutable maître.

Elle commençait à pressentir que celui-ci ne gagnait pas honnêtement sa vie, et le pain noir quelle mangeait chez lui létouffait lorsquelle songeait quil provenait dun vol.

Depuis quelle était ainsi devenue grandelette, depuis quelle avait pris des manières posées, elle sétait organisé, attenant à la cabane, un petit réduit où elle avait juste la place de se coucher sur un lit de feuilles sèches, et où Nounou pouvait encore sétendre à terre.

Et le matin, levée avec le jour, elle reprenait sa tâche ingrate pour ne la plus quitter jusquà la nuit.

Il y avait tant de choses à faire pour contenter ce tyran jamais satisfait, qui laissait tout en désordre derrière lui et exigeait un service attentif et zélé.

Un soir, le braconnier ramena deux hommes avec lui; il était tard; la Moucheronne, déjà couchée, entendait tout à travers la mince cloison, et la fumée des pipes arrivait jusqu'à elle et la prenait à la gorge.

Nounou grondait en se retournant sur ses pieds quelle réchauffait de son corps et de son haleine.

Les trois hommes buvaient en causant.

La Moucheronne ne comprenait pas trop bien leur langage émaillé de jurons grossiers et dexpressions triviales, mais ce quelle comprit cependant, cest que ces hommes complotaient un meurtre.

Elle regarda par une fente de la cloison légère, et les vit attablés; les nouveaux venus moins grands et moins forts que Favier, étaient barbus comme lui, et comme lui aussi portaient une blouse bleue, un pantalon de velours et un bonnet de fourrure avancé sur les yeux.