Le complot se tramait gravement devant les chopes de vin et les couteaux affilés posés tout ouverts sur la table; il sagissait, ni plus ni moins, darrêter un jeune militaire dont la bourse était bien garnie et qui devait traverser à cheval la forêt pour rentrer chez lui à Saint-Prestat.
Favier sétait renseigné au cabaret où le soldat avait soupé, et, sadjoignant deux camarades, il organisait le coup.
Un militaire, la Moucheronne ne savait pas ce que cétait, mais elle jugea que ce pouvait bien être un innocent quon allait faire périr et que pleureraient ses parents.
"Si je connaissais mieux la forêt, pensait-elle, je lavertirais, mais je ne lai jamais parcourue tout entière."
Elle colla son oreille contre la paroi de bois pour mieux entendre.
" Mais, Favier, disait lun des bandits, est-ce que tu nas point par là une gamine qui pourrait nous trahir?
" La Moucheronne, bah! une idiote qui dort maintenant à poings fermés comme une fainéante quelle est.
" Es-tu bien sûr quelle forme? reprit un autre.
" Puisque je vous dis quil ny a rien à craindre; elle ne comprend que les ordres que je lui donne et les grognements de sa nourrice la louve.
" Ah! oui, Nounou?"