La Moucheronne poussa un soupir de soulagement; elle laissa son ouvrage, essuya ses doigts mouillés, et, secouant ses cheveux noirs, bondit comme un jeune faon, droit devant elle en appelant Nounou.

Mais rien, toujours rien ne lui répondit, et des larmes lui montèrent aux yeux en songeant quil était peut-être arrivé malheur à son amie.

Elle fit ainsi bien du chemin et tomba tout à coup, ainsi quun petit animal étrange et effarouché, au milieu des dîneurs.

Jamais elle navait vu pareille chose: Couchés sur la mousse odorante, une dizaine de jeunes gens mangeaient et buvaient, riant à mourir; le vin, de couleur rubis, étincelait dans les coupes de cristal; largenterie reluisait au soleil, et des serviteurs en livrée éclatante sempressaient autour des convives.

Un peu plus loin, les fusils étaient jetés négligemment sur le gazon; et à côté, les chevaux débridés se livraient à une vraie débauche dherbe tendre.

Tout cela était certainement un spectacle nouveau pour la Moucheronne, mais, ce qui était plus nouveau encore pour le marquis et ses compagnons, cétait la vue de ce petit être effaré qui les considérait de ses yeux sombres et pensifs.

Le châtelain lappela du geste; à ses doigts brillaient des bagues ornées de pierres aux feux merveilleux.

" Approche, petite, et naie pas peur. Que cherches-tu?"

La Moucheronne se rassura; cet homme était le second qui lui parlait avec douceur; tous ne ressemblaient donc pas à Favier?

" Je cherche Nounou, répondit-elle encore essoufflée de sa course.