La bête obéit et sortit après avoir jeté un regard plein de tristesse sur la Moucheronne. Celle-ci achevait les nettoyages du matin; elle prépara le linge quelle devait laver, puis, se dirigea vers le ruisseau tandis que le braconnier, cuvant livresse de la veille, retombait dans un lourd sommeil.

Cependant le soleil montait au zénith que Nounou navait point reparu et la fillette sen tourmentait dautant plus que des bruits inusités couraient à travers la forêt.

On touchait à la fin de lhiver, mais cette saison est longue en ce pays au dur climat où les arbres ne bourgeonnent que fort tard.

Or, il arrivait justement ce jour-là que le propriétaire de la forêt y faisait une tournée en compagnie de quelques joyeux amis, moins pour tirer des coups de fusils que pour boire des vins capiteux et manger un pâté aux truffes sur la mousse tendre des allées.

"Cette satanée bête nest donc pas de retour?… cria Favier en apparaissant sur le seuil de la porte.

" Non, répondit la Moucheronne qui travaillait tout auprès.

" Avec quoi veut-elle donc que je dîne?

" Je ne sais ce qui est survenu, reprit lenfant dont le cur était mordu par langoisse, mais dhabitude Nounou ne reste pas si longtemps absente. Il y a du bruit dans la forêt aujourdhui; jai entendu des coups de fusils et des appels de voix…

" Tu dis?… fit le colosse en pâlissant et en sapprochant de la Moucheronne qui répéta sa phrase."

Alors Favier, toujours sur le qui vive malgré ses airs de bravade, prit son bonnet de fourrure et son bâton et séloigna du côté du bois où régnait encore le calme.