" Jen sais un, moi, répliqua vivement la Moucheronne; je connais la mère Manon qui possède un secret pour guérir les blessures; elle me guérirait bien Nounou, mais Nounou ne peut marcher jusque chez elle, et elle est trop lourde pour que je puisse la porter.

" Messieurs, dit le Marquis en se tournant vers ses compagnons, allons, un bon mouvement; nous avons été à la joie, il est juste que nous soyons à la peine. Vite, formons une civière pour transporter cette pauvre bête au lieu que nous désignera sa nourrissonne."

Ce fut prestement fait, et bientôt le fier marquis et ses joyeux compagnons suivirent la petite fille en se relayant pour porter, quatre par quatre, le brancard sur lequel reposait Nounou.

Chemin faisant la Moucheronne leur raconta comment la louve lavait protégée, nourrie, aimée, et ils ne raillèrent plus; ils comprirent laffection étroite qui liait la bête et lenfant.

Et certes, ils auraient bien ri la veille si on leur eût prédit que laprès-midi du lendemain les verrait formant un cortège pour transporter, avec toutes sortes de précautions, une louve malade chez une vieille femme à moitié sauvage aussi.

Lorsquils furent arrivés à destination et quils eurent déposé dans la modeste cabane lanimal qui gémissait doucement en essayant encore de lécher la main de la Moucheronne, celle- ci leur dit avec un sourire:

"Je vous en ai voulu beaucoup, mais jespère quelle guérira, et vous avez réparé votre faute, aussi je vous pardonne; allez!"

Et, dun geste royal elle leur montra le chemin de la forêt.

Ils seraient volontiers demeurés un instant de plus, intéressés malgré eux à la cure de leur victime, mais on les congédiait, il ne leur restait quà séloigner.

Ils se promettaient de revenir et de soccuper de la farouche fillette qui excitait leur curiosité; mais bah! les promesses des jeunes gens sont choses futiles, autant en emporte le vent.