" Voyons, ma petite fille, tu es un peu en colère et cela se comprend, je nai pas toujours été envers toi très… très doux, enfin; mais tu mas assez frappé, voyons; cesse ce jeu et je te promets que je ne te tourmenterai plus; tu seras même très heureuse, très gâtée, je te donnerai des bonbons et de belles robes, tu verras ça!"

Au fond de lui-même il disait:

" Attends, cest toi qui va en danser une dès que jaurai les pieds et les mains libres: je técraserai sous mon talon, vipère, vermine, et tu ne reverras pas souvent la lumière du soleil!"

Il pensait cela, lhypocrite, seulement il continuait à supplier:

" Allons, fillette, laisse-là ton fouet; je te jure de ne plus jamais te frapper."

Mais la Moucheronne haussait les épaules:

" Je vous connais trop pour avoir foi en vos promesses; si je vous délivrais vous me tueriez. Et puis, quand même vous seriez bon, cela me rendrait-il mon père? Vous lavez assassiné, je veux quil soit vengé, vous mourrez donc."

Alors, hideux de fureur, vomissant le blasphème et linjure, lhomme essaya dexciter la louve contre lenfant: peine perdue, Nounou se tournait au contraire davantage contre lui et menaçait denfoncer ses crocs dans sa gorge.

Le sang commença à couler, aveuglant Favier et rougissant sa blouse bleue….. Cette fois il se tut et, de sa poitrine râlante, séleva un gémissement continu.

Alors la fillette jeta au loin son fouet, et se mit à amasser, tranquillement autour du lit des branchettes et des feuilles sèches; puis elle y mit le feu.