Si elle ne s'y fût opposée, tant elle était devenue raisonnable à présent, elle aurait passé ses journées en promenades, en jeux et sports, et ses soirées à danser.
Comme il y a des jeunes gens à marier en Algérie, ainsi qu'en France, beaucoup s'informèrent du chiffre de sa dot.
Beaucoup aussi reculèrent quand il leur fut répondu que Mlle d'Héristel, passant (à tort, nous le savons), pour avoir des goûts dispendieux, ne possédait que quatorze cents francs de rente.
Quelques-uns, très jeunes ou sincèrement épris, eussent persisté sans la sagesse d'un père ou d'une mère pratiques qui ne voulaient pas, pour leur fils, d'un mariage avec une fille pauvre.
Mais nous savons aussi qu'Odette se souciait peu du mariage.
Il y eut même une conquête qu'elle fait à Blidah, et qui la couvrit de surprise et même de confusion.
Des amis de M. [de] Merkar l'emmenèrent faire une excursion dans la ville des orangers, ce qui la ravit. Là, elle se vit accueillie comme toujours fort aimablement et, de plus, fit la connaissance d'un célibataire déjà mûr et fort riche, qui parut charmé de ses originales répliques, de son juvénile enthousiasme pour les belles choses, en même temps que de sa gentille figure.
Mais, quand on les présenta l'un à l'autre, ce fut un petit coup de théâtre: ils eurent chacun un haut le corps de stupeur et un instinctif mouvement de recul.
A ces mots: "Monsieur Garderenne", Odette fronça le sourcil et pensa:
— Bon! l'homme qui m'a retiré, légalement paraît-il, les sept cent mille francs formant mon avoir et ma dot. Voilà une rencontre dont je me serais volontiers passée.