Les petits poussèrent des hourras frénétiques à cette proposition. Mlle Gratienne y acquiesça de tout coeur et Odette joignit triomphalement sa voix à celle des enfants: outre qu'elle n'était pas encore assez vieille pour renoncer à tout plaisir, elle espérait vaguement rencontrer un jour Robert en pérégrinant à travers l'Algérie.
Mme de Merkar mit en avant le prétexte de sa santé pour ne point prendre part à cette partie, à la fois fatigante et amusante, et son mari n'essaya même pas de vaincre sa résistance. Il avait coutume de laisser sa femme à ses siestes répétées et à ses cosmétiques, quand on entreprenait une excursion quelconque.
Comme on terminait l'hiver, les pluies n'étaient plus à craindre et l'on comptait sur un temps favorable pour faire l'ascension des montagnes kabyles et pour visiter les villes du littoral.
M. de Merkar ayant à voir, pour affaires, l'administrateur de la commune mixte de Port-Gueydon qui est le nom français de Azzeffoun, petit port situé sur la côté méditerranéenne, on commença par ce lieu.
— Nous n'y trouverons ni hôtel, ni auberge même, dit M. de Merkar, mais l'hospitalité est de règle dans le monde des fonctionnaires et des colons que nous allons voir, et nous ne risquons pas de coucher à la belle étoile.
On prit, à sept heures du soir, le petit chemin de fer de l'Est-Algérien qui aboutit, après un pénible effort, à la ville de Tizi-Ouzou où l'on toucha à minuit.
M. de Merkar s'occupant des bagages, Mlle Gratienne et Odette avaient fort affaire de tenir éveillés les enfants que l'attrait de la nouveauté n'animait même plus.
On s'entassa dans un affreux char (voiture publique de Tizi-Ouzou), déjà à moitié rempli d'Arabes aux burnous douteux, qui se juchaient sur leurs colis dans la crainte de les voir égarer.
Les grandes personnes se partagèrent les petits, une fois la jeune bande arrivée à l'hôtel Lagarde, le meilleur de la région, et l'on dormit à peu près bien.
Au matin, Odette, aussi curieuse que ses petits cousins, abandonna bien vite son lit et alla regarder par la fenêtre les Kabyles faire leurs ablutions et se prosterner dans la poussière pour prier, le front tourné vers l'Orient.