De maigres chameaux pelés attendaient, résignés, leur pitance non moins maigre, près des puits.
Des gamins crasseux, coiffés de fez rouges devenus grenats à force de saleté, narguaient les "roumis" et leur jouaient des tours ou agaçaient les chiens.
Comme on trouve de la troupe à Tizi-Ouzou, quelques pantalons garance égayaient le paysage.
Et par dessus tout cela, commençait à briller un soleil impeccable dans un ciel sans nuage.
Les enfants burent du lait de brebis ou d'ânesse, qui leur fit faire la grimace; les grandes personnes, un café détestable; puis, en route dans un break horriblement dur qui les fit tous rire aux éclats et qui, au trot de deux juments maigres, mais excellentes, devait cahoter nos voyageurs jusqu'à six heures du soir.
Et il en était cinq du matin.
La route se fit d'abord en silence, soit que les enfants eussent encore sommeil, soit qu'ils admirassent recueillis malgré eux, l'inoubliable paysage se déroulant sous leurs yeux.
La voiture ne traversait pas de village, puisque, jusqu'à Fréha, halte qui coupe en deux le voyage, on aperçoit à peine de temps à autre une chaumine, un gourbi.
Les blanches cigognes, déjà de retour, faisaient pousser aux fillettes des exclamations d'envie; Odette même, aussi enfant que ses cousines, eût voulu en emporter une en France.
"Puisque, disait-elle, on affirme que cet oiseau porte bonheur!"