On avait accueilli avec autant de joie l'arrivante que le voyageur. Gui, qui n'avait pas changé, lui, ne pouvait s'empêcher de s'extasier sur la métamorphose de sa cousine.

— Pourvu que tu ne sois pas trop sérieuse, au moins, Nénette, continuait-il; c'est que ce ne serait plus du tout amusant, sais-tu?

— Je serai sérieuse, oui monsieur, répondait-elle, parce que je dois mener une vie laborieuse. Je vais me reposer quelques jours, puis, je me mettrai à gagner mon pain.

— Si on te le permet, Odette, dit tranquillement Robert qui la regardait, sans sourire.

Elle releva sa crête:

— Il faudra bien qu'on me laisse faire, s'écria-t-elle. Ce n'est pas pour des prunes que j'ai bûché… pardon, travaillé comme un nègre en ces huit mois.

— A propos, fillette, reprit M. Samozane qui avait des moments de distraction, tu as été demandée en mariage, là-bas?

— Moi? fit Odette, en rougissant jusqu'aux oreilles.

— Elle? fit Robert dont le sourcil se fronça.

— Qui vous a dit?… commença la jeune fille, troublée.