— Robert a raison, dit Odette, il faut se coucher, on meurt de sommeil… Je dois, dorénavant, avoir des égards pour ma santé qui me sera nécessaire, à l'avenir. Tantes, adieu. Mon oncle, bonsoir.
Elle tendit sa joue à tous et s'en fut coucher pour s'endormir bientôt d'un sommeil d'enfant.
Ses tantes vinrent la voir et la trouvèrent si gentille ainsi, que, ravies de la posséder de nouveau, elles ne purent résister à la tentation de glisser un baiser sur son front.
Les jours qui suivirent furent pleins de charme pour toute la famille.
A son tour, Robert raconta ce qu'Odette ignorait encore: ses expéditions dans les terres soudanaises, les travaux qu'il avait dû y faire, les dangers qu'il y avait courus, lui et ses compagnons…
Et Mlle d'Héristel l'admira du fond de son coeur et se trouva bien petite et bien misérable à côté de lui, elle qui croyait avoir fait beaucoup en secouant sa paresse et sa frivolité et en s'essayant à devenir studieuse, bonne et sérieuse.
Comme le voyageur avait un congé indéterminé pour se reposer de ses fatigues, les Samozane pensaient à louer, pour la saison s'été, une petite maison à la campagne où M. Samozane se remettrait aussi de sa secousse récente et où ils vivraient tous dans l'intimité la plus douce.
Or, il arriva, quelques jours avant qu'on se décidât à signer un bail de six mois, que Mlle d'Héristel reçut la lettre suivante qu'elle ne montra d'abord à personne:
"Ma chère enfant,
"Mon âge et mon titre de parent me donnent le droit de vous appeler ainsi, croyez-le.