"J'espère que vous ne garderez pas un trop mauvais souvenir de votre vieux cousin Garderenne qui vous aime aujourd'hui paternellement et veut vous le prouver.

"La somme que je vous ai enlevée, par un procès qui me semblait équitable tant que je ne vous connaissais pas, me pèse lourdement à présent.

"Cependant, je ne veux pas vous la restituer tout entière: vous seriez trop riche, cela pourrait vous rendre comme autrefois (c'est vous qui me l'avez dit), futile et vaniteuse, et votre main serait peut-être sollicitée parce qu'elle contiendrait beaucoup d'or.

"Si donc, vous me faites savoir un jour qu'un brave garçon veut vous épouser pauvre, j'applaudirai de tout mon coeur à cette union et, le lendemain des fiançailles, je verserai à votre nom la somme de quatre cent mille francs, à peu près la moitié de celle que vous a reprise ma rapacité.

"Jusque-là, que ce soit un secret entre nous.

"Si vous ne vous mariez pas, le jour de vos vingt-cinq ans, cette restitution vous sera faite, et je suis sûr que vous emploierez sagement cet argent.

"Mais permettez-moi d'espérer que j'assisterai plutôt et… plus tôt à votre mariage; vous êtes faite pour donner beaucoup de bonheur autour de vous.

"Quant au reste de la somme, puisque je suis assez riche pour m'en passer sans vivre plus mal pour cela, je la placerai sur la tête de votre premier-né, si vous voulez bien me faire l'honneur de me prendre pour parrain.

"Et maintenant, chère enfant, je n'ai plus qu'à vous souhaiter d'être heureuse et de rencontrer celui qui vous rendra telle.

"Ne pensez plus à moi avec amertume, et surtout ne refusez pas la donation très légitime que je veux vous faire.