II
Si Mlle Odette d'Héristel, alors qu'elle était en léthargie, crise qui ne devait pas se renouveler pour elle, avait eu le don d'ubiquité, au lieu d'accuser son cousin Robert d'indifférence, elle aurait été touchée profondément de son chagrin.
Afin d'échapper à l'indiscrète curiosité des allants et des venants, il s'était réfugié dans sa chambre, dont l'ombre propice cachait l'atroce douleur qui bouleversait ses traits.
Odette, morte!
Etait-ce possible? l'enfant qu'il chérissait à l'égal de ses soeurs, plus peut-être ou, du moins, d'une façon différente; le tyran si câlin parfois, si amusant d'autres fois, que l'on adorait quand même?
Morte, comme cela, sans bruit, sans éclat, ainsi qu'un bébé qui s'endort?
Et il ne la verrait plus; tout à l'heure, on le mettrait dans le cercueil, ce charmant petit corps, si joli, si fin, que le trépas ne défigurait point; et, peu à peu, le souvenir de sa grâce et de sa gentillesse s'effacerait de la maison.
Chez les Samozane, tous aimaient Odette, c'était vrai; mais, seul, Robert comprenait cette délicieuse nature d'enfant gâtée et savait la faire plier.
Il souffrait cruellement; il lui semblait que le soleil avait disparu de son horizon, et il s'étonnait lui-même que cette perte le torturât à ce point.
Car, qui connaissait, mieux que lui, la beauté de cette petite âme délicate et nerveuse, vite cabrée et si tendre, une fois soumise?